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Comment mesurer le coût d'un e-mail dans un cabinet comptable

Par Pierre-Arthur Demengel
DigitalisationE-mailCoût cachéPortail clientCabinet comptable
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Un e-mail semble gratuit. Il ne l'est pas. C'est même l'un des objets les plus chers de votre cabinet, précisément parce que personne ne calcule jamais ce qu'il coûte. Quand un client vous envoie une pièce par mail, vous ne voyez qu'un message dans une boîte. Mais ce message déclenche une chaîne de gestes humains, étalée dans le temps, qui consomme des minutes facturables à chaque étape. Multipliez ces minutes par le nombre d'e-mails que votre cabinet traite chaque jour, et vous obtenez une facture invisible qui se chiffre en dizaines de milliers d'euros par an.

Cet article fait ce calcul, étape par étape. Lecture, traitement, relance, archivage, recherche ultérieure. À la fin, vous saurez combien vous coûte réellement un e-mail, pourquoi ce coût reste invisible, et pourquoi la vraie digitalisation d'un cabinet comptable ne consiste pas à ajouter des logiciels, mais à supprimer le coût caché des canaux que vous utilisez encore.

Le problème : l'e-mail a un cycle de vie, et chaque étape coûte

La plupart des cabinets pensent que le coût d'un e-mail se résume au temps de le lire. C'est l'erreur de départ. Un e-mail professionnel, surtout quand il porte un document ou une demande, ne s'arrête pas à la lecture. Il vit. Il traverse plusieurs étapes, parfois sur plusieurs semaines, et chacune mobilise un collaborateur.

Pour donner l'échelle du phénomène, le benchmark le plus cité dans la recherche, issu du McKinsey Global Institute, estime qu'un travailleur passe environ 28 % de sa semaine sur sa messagerie, soit près de onze heures. Un professionnel reçoit aujourd'hui de l'ordre de cent vingt e-mails par jour. Dans un cabinet comptable, où l'e-mail sert encore à collecter des pièces, à poser des questions et à échanger des documents, cette part est souvent plus élevée encore en période de collecte.

Le vrai sujet n'est donc pas le volume. C'est ce que chaque e-mail déclenche après son arrivée. Et c'est là que se cache la dépense.

Pourquoi ce coût reste invisible dans la majorité des cabinets

Si ce coût était visible, il serait déjà traité. S'il reste invisible, c'est pour des raisons précises.

La première est que l'e-mail ne fait l'objet d'aucune facturation interne. Personne ne pointe le temps passé à traiter un message. Il se fond dans la journée, entre deux dossiers, et n'apparaît sur aucun tableau de bord. Ce qui ne se mesure pas n'existe pas dans la tête d'un dirigeant.

La deuxième est que le coût est fractionné. Chaque geste pris isolément paraît minuscule. Une minute pour lire, deux pour répondre, une pour classer. Personne n'additionne ces fractions, et personne ne les multiplie par le volume. Le coût total ne devient visible que lorsqu'on fait le calcul, ce que presque aucun cabinet ne fait.

La troisième est l'illusion de la digitalisation. Beaucoup de cabinets pensent être digitalisés parce qu'ils ont un logiciel de production, un drive et une messagerie. Mais empiler des outils n'a jamais supprimé un coût. L'e-mail reste le canal par défaut, avec tout son cycle de vie coûteux, parce que personne n'a remplacé le canal lui-même.

La quatrième est que l'e-mail semble pratique. Il est immédiat, familier, sans apprentissage. Cette facilité apparente masque le fait qu'il reporte tout le travail de tri, de classement et de recherche sur l'humain, alors que d'autres canaux feraient ce travail à sa place.

Le coût réel d'un e-mail, étape par étape

Faisons le calcul sur un cas typique : un e-mail client qui porte une pièce ou une demande. Pas le simple message de remerciement, mais le message utile, celui qui représente l'essentiel du flux d'un cabinet. Nous comptons le temps humain à chaque étape, puis nous le traduisons en euros, sur la base d'un coût chargé d'environ 35 euros de l'heure, soit un peu moins de 0,60 euro la minute.

Étape 1 : la lecture

Ouvrir le message, le lire, comprendre ce qu'il demande. Pour un e-mail utile, comptez une à deux minutes. Disons une minute et demie. Cela paraît dérisoire, mais c'est le ticket d'entrée d'un coût bien plus large.

Étape 2 : le traitement

C'est l'étape la plus lourde. Télécharger la pièce jointe, vérifier qu'elle est complète, l'enregistrer au bon endroit, saisir ou contrôler une information, rédiger une réponse. Pour un e-mail client courant, comptez quatre minutes en moyenne. Un document mal nommé ou incomplet fait grimper ce chiffre.

Étape 3 : la relance

Une part importante des demandes reste sans réponse complète du premier coup. Le client oublie une pièce, envoie le mauvais fichier, ne répond pas. Il faut alors relancer, parfois deux fois. Chaque relance est elle-même un e-mail, avec son propre coût de rédaction et de suivi. En moyenne, sur l'ensemble des e-mails, la relance ajoute environ deux minutes par message d'origine. C'est un coût que l'e-mail crée presque entièrement par lui-même.

Étape 4 : l'archivage

Une fois traité, l'e-mail et sa pièce doivent être rangés pour être retrouvés plus tard. Classer le message, enregistrer la pièce dans le bon dossier, parfois la renommer. Comptez une minute et demie. Quand ce rangement n'est pas fait, le coût ne disparaît pas. Il est simplement reporté sur l'étape suivante, et il y revient plus cher.

Étape 5 : la recherche ultérieure

C'est l'étape la plus sous-estimée. Des semaines ou des mois plus tard, quelqu'un a besoin de cette pièce ou de cette information. Il fouille les boîtes mail, les siennes et parfois celles d'un collègue, pour retrouver le bon message. Chaque recherche prend trois à cinq minutes, et un même document peut être cherché plusieurs fois, par plusieurs personnes. Amortie sur l'ensemble des e-mails, cette recherche ajoute environ une minute et demie par message.

Le total

Additionnons. Lecture une minute et demie, traitement quatre minutes, relance deux minutes, archivage une minute et demie, recherche une minute et demie. Soit environ dix minutes et demie de temps humain pour un seul e-mail client utile. À 0,60 euro la minute, cela représente de l'ordre de six euros par e-mail. Un e-mail que tout le monde croyait gratuit coûte en réalité le prix d'un café, à chaque fois.

Ce que cela donne à l'échelle du cabinet

Un collaborateur traite facilement quinze à vingt e-mails clients utiles par jour. À six euros pièce, cela représente près de cent euros par jour et par collaborateur. Pour un cabinet de dix personnes, sur une année, on dépasse facilement cent mille euros de temps consommé par le seul cycle de vie des e-mails. Et la moitié de ce coût, celle de la relance, de l'archivage et de la recherche, est du gaspillage pur. Ce sont des minutes que le canal e-mail crée, et qu'un autre canal supprimerait.

L'impact ne s'arrête pas au temps et à l'argent. Sur le plan de l'organisation, l'e-mail éparpille l'information du cabinet dans des dizaines de boîtes individuelles. La connaissance n'appartient pas au cabinet, mais à chaque collaborateur. Le jour où l'un d'eux part, une partie de l'historique part avec lui. Sur le plan de l'expérience client, le client paie aussi ce désordre. On lui redemande une pièce qu'il a déjà envoyée, parce qu'elle s'est perdue dans un fil. On lui répond en retard, parce que son message était noyé. Il ressent un cabinet qui peine à suivre, alors que c'est le canal, et non le cabinet, qui est défaillant.

Les solutions existantes et leurs limites

Plusieurs cabinets sentent le poids de l'e-mail et tentent d'y répondre. Voici les approches courantes et leurs angles morts.

Mieux organiser sa boîte mail avec des dossiers et des règles. Avantage : un peu d'ordre. Limite : on optimise un canal coûteux au lieu de le remplacer. Le cycle de vie reste, juste un peu mieux rangé.

Utiliser un drive partagé pour les documents. Avantage : les fichiers ne sont plus dans les pièces jointes. Limite : le drive ne relance pas, ne classe pas tout seul, et la coordination continue de passer par l'e-mail. Le coût se déplace, il ne disparaît pas.

S'appuyer sur la messagerie de son éditeur comptable. Avantage : c'est intégré à la production. Limite : c'est un canal de plus, à la marque de l'éditeur, qui ne couvre pas l'ensemble des échanges et n'efface pas l'habitude de l'e-mail.

Compter sur la facture électronique. Avantage : elle automatise une partie des flux de factures. Limite : elle ne traite pas les justificatifs, les contrats, les questions, les signatures ni les pièces diverses, qui continuent d'arriver par mail avec tout leur coût.

Aucune de ces approches ne s'attaque à la cause. La cause n'est pas le désordre de la boîte mail. C'est le fait que l'e-mail soit encore le canal des échanges avec le client.

L'approche recommandée : remplacer le canal, pas l'optimiser

Digitaliser un cabinet comptable ne veut pas dire ajouter un outil de plus. Cela veut dire supprimer le coût caché des canaux que vous utilisez. Et le canal le plus coûteux, c'est l'e-mail. La bonne stratégie consiste donc à déplacer les échanges clients hors de la messagerie, vers un point d'entrée unique conçu pour effondrer le cycle de vie que nous venons de calculer.

C'est le rôle d'un portail client à la marque du cabinet. Reprenons les cinq étapes. La pièce déposée au portail arrive déjà nommée et classée, ce qui supprime l'archivage. Les relances sont automatiques, ce qui supprime le travail de relance. L'information est stockée à un seul endroit, consultable instantanément, ce qui supprime la recherche dans les boîtes mail. La demande arrive structurée, ce qui allège le traitement. Il ne reste, pour l'essentiel, que la part qui a réellement de la valeur : la lecture et la décision.

En clair, là où un e-mail coûtait dix minutes, le même échange via un portail en coûte deux ou trois. Vous ne rendez pas vos collaborateurs plus rapides par la pression. Vous supprimez les étapes qui n'avaient aucune raison d'exister. C'est cela, digitaliser. Pas empiler. Soustraire.

Le portail reste connecté à vos outils de production, Pennylane, Sage ou Cegid, en arrière-plan. Vous ne changez donc pas de moteur comptable. Vous changez le canal par lequel le client vous parle, et c'est ce canal qui vous coûtait cher.

Exemple concret

Prenons un cabinet de dix collaborateurs en Grand-Est, environ 240 dossiers, deux associés. Un associé, sceptique sur le coût réel de l'e-mail, décide de le mesurer simplement. Il demande à un collaborateur de retrouver une pièce précise envoyée par un client trois mois plus tôt. La recherche prend sept minutes, parce que le document était dans un fil ancien, avec un objet imprécis. L'associé multiplie ce qu'il vient de voir par le nombre de recherches similaires dans une semaine, et le chiffre le fait changer d'avis.

Le cabinet met en place un portail à sa marque et y bascule les échanges clients. Les pièces arrivent classées. Les relances se font seules. Les documents se retrouvent en quelques secondes par une simple recherche dans l'espace, sans fouiller aucune boîte mail.

Quelques mois plus tard, le volume d'e-mails clients a fortement baissé. Les collaborateurs passent beaucoup moins de temps à classer et à chercher. Les pièces ne se perdent plus, donc on ne redemande plus au client ce qu'il a déjà fourni. Le coût caché de l'e-mail, que personne ne voyait, s'est en grande partie évaporé.

Pour situer l'effort, un portail de ce type se met en place en quelques semaines pour un investissement de l'ordre de 9 900 euros, avec une maintenance mensuelle modérée. À comparer aux dizaines de milliers d'euros par an que coûte le cycle de vie des e-mails dans un cabinet de cette taille.

Comment évaluer si votre cabinet est concerné

Posez-vous ces questions, et faites le calcul.

Combien d'e-mails clients utiles un de vos collaborateurs traite-t-il par jour ? Multipliez ce nombre par dix minutes, puis par votre coût horaire. Le résultat annuel vous surprendra.

Combien de temps faut-il, chez vous, pour retrouver une pièce envoyée il y a trois mois ? Chronométrez une fois. Ce temps, multiplié par la fréquence des recherches, est un coût pur.

Vos échanges clients vivent-ils dans des boîtes mail individuelles, ou dans un endroit unique consultable par tout le cabinet ? Si c'est dans des boîtes individuelles, votre information est éparpillée et fragile.

Combien de fois par mois redemandez-vous à un client une pièce qu'il vous a déjà envoyée ? Chaque fois, l'e-mail a échoué, et le client l'a remarqué.

Quand vous pensez digitalisation, pensez-vous d'abord à ajouter un outil, ou à supprimer un canal coûteux ? Si c'est toujours ajouter, vous risquez d'empiler sans jamais soustraire.

Si plusieurs réponses vous mettent mal à l'aise, l'e-mail vous coûte probablement bien plus que vous ne l'imaginiez.

Conclusion

L'e-mail est le coût le plus cher que personne ne mesure dans un cabinet comptable. Il paraît gratuit parce que son prix est fractionné, étalé dans le temps et réparti entre plusieurs personnes. Mais additionné, ce prix se chiffre en dizaines de milliers d'euros par an, dont une grande moitié est un gaspillage que le canal lui-même fabrique.

Digitaliser un cabinet, ce n'est pas posséder plus de logiciels. C'est identifier les canaux qui coûtent cher et les remplacer par des canaux qui font le travail à votre place. L'e-mail, avec son cycle de vie en cinq étapes, est le premier candidat. Le supprimer des échanges clients, c'est récupérer du temps, de l'argent, de l'ordre et de la sérénité, sans toucher à votre métier.

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