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Graphiste, le client demande le site : trois réponses

Par Pierre-Arthur Demengel
graphisteidentité visuellesous-traitanceBelgique
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Il y a un moment précis que tout graphiste indépendant connaît. Le client vient de valider son logo, sa palette, sa typo. Il est content, il vous fait confiance, et dans la foulée il lâche la phrase : et pour le site, tu peux t'en occuper ? À cet instant, vous avez trois secondes pour répondre, et les trois réponses possibles n'ont pas du tout le même coût.

Je vois passer ces situations depuis le côté développeur, quand un graphiste me contacte parce qu'il a dit oui trop vite ou refusé trop sec. Alors je vais poser les trois réactions à plat, avec ce que chacune vous coûte vraiment, pas seulement en euros.

Refuser protège votre charte mais laisse partir le client et son budget

La première réaction, la plus honnête et la plus fréquente, c'est de dire je ne fais pas de site. C'est défendable. Vous ne vendez pas une compétence que vous n'avez pas, vous préservez votre crédibilité de graphiste.

Sauf que le client, lui, ne va pas s'arrêter là. Il a besoin d'un site, il va le trouver ailleurs. Et là commence le vrai problème : le développeur qu'il trouvera va récupérer vos fichiers, les interpréter à sa manière, et faire des choix de mise en page sans vous. Vous avez passé des semaines à caler une graisse et un interligne, et un inconnu va décider que finalement le titre sera en gras parce que son thème préfère ça. Vous ne verrez le résultat qu'en ligne, avec votre nom associé à l'identité, mais plus aucune main sur son exécution.

Refuser, ce n'est donc pas neutre. C'est laisser partir un revenu et, pire, confier votre travail à quelqu'un dont vous ne contrôlez ni le goût ni le sérieux. J'ai déjà vu des chartes remarquables massacrées en trois écrans, et le client, lui, en garde l'impression que le graphiste n'avait pas si bien travaillé que ça.

Bricoler un thème vous garde le revenu mais met votre nom sur un compromis

La deuxième réaction, c'est de dire oui et d'acheter un thème du commerce, d'y injecter les couleurs de la charte et de livrer. Vous gardez le revenu, vous gardez le client, tout le monde a l'air content sur le moment.

Le piège est structurel. Un thème n'est pas une page blanche. Il arrive avec sa grille, ses marges, ses tailles de police, sa façon d'empiler les blocs. Vous ne posez pas votre charte sur le site, vous pliez votre charte pour qu'elle rentre dans le thème. Les proportions que vous aviez calculées sautent, l'espace que vous aviez pensé disparaît, et la typographie que vous aviez choisie est remplacée à moitié par celle du thème parce que l'intégration complète demanderait du code que vous ne voulez pas écrire.

Sur une identité très simple, ça peut passer. Sur une identité travaillée, celle sur laquelle vous voulez être jugé, le résultat trahit votre intention. Et comme c'est vous qui l'avez livré, c'est vous qui portez le compromis. Le client ne dira pas le thème est limité, il dira le site fait moins pro que la charte. Vous avez transformé un beau travail d'identité en démonstration de vos limites techniques.

Sous-traiter garde le client, la marge et l'intégrité de la charte

La troisième réaction, c'est de dire oui et de déléguer la partie développement à quelqu'un dont c'est le métier, en restant vous l'interlocuteur. Vous facturez le site complet à votre client, vous payez le développement en dessous, la différence est votre marge, et vous n'avez pas écrit une ligne de code.

Surtout, dans un montage propre, votre charte est respectée à la lettre parce que le développeur part de vos fichiers pour construire, au lieu d'y forcer un thème. Le résultat en ligne ressemble à ce que vous aviez dessiné, pas à ce qu'un template autorisait. Votre nom est associé à un site qui fait honneur à votre identité, et le client vous voit comme quelqu'un qui livre du début à la fin.

RéactionRevenu pour vousRisque sur la charteEffet sur votre image
RefuserNul, le budget part ailleursÉlevé, exécutée par un inconnuVous perdez la main sur le rendu final
Bricoler un thèmeCorrect, mais temps sous-estiméÉlevé, la charte se plie au thèmeVotre nom sur un compromis visible
Sous-traiter le développementMarge sans coderFaible si on part de vos fichiersVous livrez de bout en bout

Le seul point de vigilance de la sous-traitance, c'est le choix du partenaire. Un développeur qui veut parler à votre client dès le premier jour, ou dont le nom apparaît sur les livrables, capte votre relation client au lieu de la servir. Ce que je propose aux graphistes, c'est l'inverse : je reste derrière, le client ne connaît que vous, et vous restez le seul point de facturation. J'ai détaillé ce fonctionnement sur ma page partenaires agences, et la mécanique concrète de la sous-traitance en Wallonie et à Bruxelles répond aux questions habituelles.

Sur la façon de fixer votre prix quand vous refacturez le site par-dessus le développement, la logique de marge d'agence sur un site en Belgique s'applique telle quelle. Et si le doute porte sur le cadre fiscal parce que je facture depuis la France, la TVA en sous-traitance France Belgique est plus simple qu'elle n'en a l'air une fois le mécanisme posé.

Parfois, la meilleure décision est de ne pas toucher au site

Je ne vais pas vous vendre l'idée que le site est toujours une bonne affaire à prendre. Il y a des cas où vous avez intérêt à ne pas y toucher du tout, même en sous-traitance.

Quand le client a déjà une équipe technique en interne, un prestataire web attitré, ou un site existant qui tourne et qu'il veut juste rhabiller, vous poser en maître d'œuvre du site vous met en travers d'une chaîne déjà en place. Vous risquez de gérer des allers-retours qui ne sont pas votre métier, pour une marge que la friction va manger. Quand le budget du client couvre à peine l'identité, ajouter un volet site le met mal à l'aise et fragilise la relation que vous venez de construire.

Dans ces cas, la bonne posture n'est pas de forcer la vente. C'est de livrer une charte impeccable, avec un kit d'exports propre et des règles d'usage claires, et de vous positionner comme la personne qui garantit que le futur site respectera cette identité. Vous restez la référence de la marque sans porter la responsabilité du site. C'est parfois la décision qui protège le mieux votre image, et je préfère le dire plutôt que de pousser tout le monde vers la sous-traitance par principe.

La demande de site n'est pas un piège. C'est un carrefour. Refuser, bricoler ou déléguer : trois routes, trois factures différentes, et une seule qui garde à la fois votre client, votre marge et le travail que vous venez de finir.

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